Aller au contenu
Le Verger carnet des petits fruits de montagne
Une femme élégante tient une cagette de myrtilles devant un rang d'arbustes
Deux paniers, deux origines : comparer à la main avant de comparer en bouche.

Myrtille sauvage ou cultivée : les vraies différences, de la plante à l'assiette

La myrtille sauvage est un petit arbrisseau de 20 à 50 cm, la cultivée un arbuste qui peut atteindre 2 m ; la première se cueille sur la lande, la seconde se plante et se conduit. Sur le goût, les comparaisons chiffrées manquent et il faut goûter.

Été

La myrtille sauvage et la myrtille cultivée sont deux plantes différentes, pas deux versions d’un même fruit. La première, Vaccinium myrtillus, est un petit arbrisseau de 20 à 50 cm qui pousse sur la lande et en sous-bois ; la seconde, le plus souvent Vaccinium corymbosum, est un arbuste qui peut atteindre 2 m et se plante en rangs. Le reste, du geste de cueillette à la saison, découle de cette différence de port.

Les deux noms sont pourtant employés l’un pour l’autre dans les rayons comme dans les conversations. Ce guide trie ce qui est établi par les fiches techniques et ce qui ne l’est pas, notamment sur le goût.

Deux espèces, deux silhouettes

La fiche de la Société nationale d’horticulture de France distingue clairement les deux plantes. Le myrtillier sauvage, Vaccinium myrtillus, mesure de 20 à 50 cm. Le myrtillier cultivé, Vaccinium corymbosum, peut monter jusqu’à 2 m. Les fiches techniques de production, pour leur part, parlent d’un arbuste de 1 à 2 m conduit en verger.

Cet écart explique presque tout. Un plant de 30 cm se cueille accroupi, rameau après rameau, et ses baies restent dispersées. Un arbuste de 1,5 m se cueille debout, rang après rang, avec une organisation de verger : une myrtille de culture est travaillée par des passages réguliers, comme n’importe quel fruit conduit.

Critère Myrtille sauvage Myrtille cultivée
Espèce Vaccinium myrtillus Vaccinium corymbosum (le plus courant)
Hauteur 20 à 50 cm 1 à 2 m selon les fiches
Milieu Lande, sous-bois Verger, jardin, culture en pot ou sur butte
Cueillette À la main sur le terrain, règles locales En verger, par passages réguliers
Fruits Petits, dispersés Production conduite et suivie

Où et comment elles poussent

Les deux plantes aiment les sols acides. Pour le myrtillier cultivé, les fiches techniques donnent un pH acide, entre 4,2 et 5,5 pour l’une, inférieur à 5,5 pour l’autre, avec une chlorose en cas de dépassement. Un sol léger, filtrant et riche en matière organique leur convient mieux qu’un sol argileux.

La myrtille cultivée a besoin qu’on lui prépare ce sol : butte, apport de matière organique, correction éventuelle du pH, goutte-à-goutte pour l’eau. Cette préparation est décrite dans l’article consacré à la plantation d’un myrtillier au jardin sur sol acide. La sauvage, elle, vit sur des sols qui lui conviennent déjà, ce qui explique en grande partie sa présence sur les landes de moyenne montagne que décrit la page myrtille du magazine.

Les fiches techniques de culture insistent sur quelques points qui n’ont pas d’équivalent sur la lande, où la plante se débrouille seule :

  • un sol léger, filtrant, riche en matière organique, avec une nappe jamais à moins de 30 cm de la surface ;
  • un azote apporté sous forme ammoniacale, car un apport même léger de nitrate peut tuer rapidement le plant ;
  • un rang non enherbé, les racines étant superficielles et l’herbe concurrençant directement la culture ;
  • une exposition en pleine lumière ou à mi-ombre, avec quelques heures d’ombre par jour seulement.

Cette liste montre à quel point la culture est un travail d’imitation : on recrée par la main de l’homme ce que le sol d’une lande offre sans aide. Quelqu’un qui se lance doit en accepter le coût en temps, notamment les premières années, où les fleurs sont supprimées pour laisser le plant s’installer.

Une femme élégante, veste sobre, taille un myrtillier arbustif dans un jardin de moyenne montagne
Un myrtillier cultivé se conduit comme un arbuste fruitier : plantation, suivi, taille.

Côté altitude, une fiche technique indique que la plantation de myrtilliers est possible entre 500 et 1 000 m selon les régions et l’ensoleillement, et que l’altitude agit sur la qualité des fruits. Le myrtillier tolère bien le froid : la fiche de la SNHF évoque une très bonne résistance, sans seuil chiffré.

Une production conduite, une production donnée

Le myrtillier cultivé obéit à un calendrier de production documenté. Selon les fiches techniques, la première récolte intervient généralement en troisième année après la plantation, la pleine production à partir de la cinquième. La pérennité d’une plantation se compte en dizaines d’années : environ 25 ans selon deux fiches, avec des plants de plus de 35 ans encore productifs signalés dans l’une d’elles. Un producteur peut ainsi prévoir ses récoltes.

Pour les rendements, la fiche de l’association de producteurs donne en moyenne 9 tonnes à l’hectare, avec une fourchette de 8 à 10, et un cueilleur qui ramasse environ 5 kg à l’heure. La fiche bretonne parle de 4 à 6 kg à l’heure. Rien de tel n’existe pour la sauvage : elle n’est pas plantée, pas taillée et pas suivie par des fiches de rendement. Ce qu’on récolte dépend de l’année, du lieu et de ce que les prédécesseurs ont laissé.

La cueillette : un geste, deux cadres

Dans un verger, le cueilleur passe plusieurs fois sur un rang, parce que les fruits ne tombent pas à maturité : deux passages par semaine suffisent, selon deux fiches techniques. La fiche bretonne précise que la cueillette peut commencer à 20 % de fruits mûrs, et que les fruits cueillis trop tôt mûrissent mal.

Sur la lande, le cadre est autre : on ne cueille pas chez soi. Le volume dépend de la forêt et des arrêtés locaux, et l’ONF recommande la main plutôt que le peigne, qui abîme les plants. Les règles précises, ainsi que les précautions sanitaires liées à l’échinococcose alvéolaire, sont détaillées dans l’article sur la cueillette des myrtilles sauvages et l’échinococcose. Retenez surtout qu’un fruit de verger et un fruit de lande ne posent pas les mêmes questions de droit.

Myrtilles petites et éparses sur un plant bas de lande, collines douces en arrière-plan
Sur le plant sauvage, les baies restent petites et dispersées, loin des grappes.

Pour une idée très concrète de ce qu’une sortie de ramassage donne à voir, on peut lire ce récit de cueillette et de confiture de myrtilles (brimbelles) dans les Vosges, qui montre le fruit sauvage sous l’angle du cueilleur.

Le calendrier : mai à octobre selon les variétés

Pour la culture, la saison est large. Selon les Chambres d’agriculture, la récolte de la myrtille cultivée en France débute début mai et s’achève en octobre, selon les variétés et les régions. Une fiche technique place la récolte de mi-juillet à fin septembre, avec une maturité étalée sur 2 à 6 semaines selon les variétés et la situation. Une pépinière indique pour sa part Earliblue dans la première quinzaine de juillet, Bluecrop dans la seconde quinzaine, et Elliott dans la seconde quinzaine d’août, en précisant que ces périodes varient selon la région, l’exposition et l’année.

Pour la sauvage, aucune fiche ne donne de dates fiables à altitude donnée. Les dates dépendent du lieu, de l’exposition et de l’année, et il est plus honnête de s’en tenir à l’été. Pour replacer ces fruits dans une année complète de petits fruits, voir le calendrier de récolte des petits fruits en montagne.

Le calendrier général des fruits et légumes de saison, utile pour situer la myrtille parmi ses voisines de rayon, est présenté dans ce calendrier des fruits et légumes de saison en circuit court.

Ce qu’on ne peut pas affirmer sur le goût et la couleur

C’est ici que les articles de vulgarisation s’avancent le plus, et que les sources manquent. On lit partout que la sauvage aurait une chair plus colorée, un goût plus intense, une teneur plus forte en pigments, tandis que la cultivée serait plus grosse et plus douce. Ces affirmations reposent surtout sur des sites commerciaux ou grand public. Les fiches techniques consultées pour cet article, elles, ne comparent ni la couleur de la chair ni la saveur ni la teneur en pigments des deux fruits.

On ne les reprendra donc pas comme des faits. Ce qu’on peut dire sans risque, c’est que les fruits sont de tailles différentes parce que les plantes le sont, et que leur goût dépend aussi de la variété, de la maturité à la cueillette, du sol et de l’année. Un fruit cueilli trop tôt mûrit mal, selon les fiches techniques : une partie des différences de goût que l’on croit attribuer à l’espèce tient peut-être à la maturité. Le plus simple reste de goûter les deux côte à côte, le même jour, pour se faire sa propre idée de ce qui les sépare dans l’assiette.

Un test simple vaut mieux que dix affirmations : rassemblez une poignée de chaque origine, le même jour, à maturité comparable, et goûtez-les à l'aveugle. Notez la douceur, l'acidité, la couleur de la chair après avoir coupé un fruit en deux. Votre verdict sera plus fiable que n'importe quel tableau comparatif sans source.

Laquelle choisir selon l’usage

Le choix dépend moins du fruit que de la situation. Quelqu’un qui a un jardin, un sol que l’on peut acidifier, et l’envie de cueillir chez soi chaque été, se tournera vers le myrtillier cultivé. La page cueillette du magazine rappelle de son côté ce qu’implique le ramassage en milieu naturel.

  • Pour récolter chaque année, au même endroit, sans dépendre d’un arrêté : la culture.
  • Pour une sortie et un seau à remplir, dans le respect des règles locales : la lande.
  • Pour des fruits à cuire ou à transformer : les deux conviennent. Pour la myrtille sauvage, la cuisson au-dessus de 60 °C est la seule voie domestique indiquée par le ministère de l’Agriculture contre l’échinococcose alvéolaire : la congélation ne protège pas.
  • Pour tester la différence de goût : les deux, le même jour.

Dans tous les cas, la culture du myrtillier exige un sol acide, de l’eau régulière en été et de la patience : la première récolte n’arrive généralement pas avant la troisième année.

Questions fréquentes

Comment s'appellent les deux espèces ?

La fiche de la Société nationale d'horticulture de France nomme Vaccinium myrtillus la myrtille sauvage et Vaccinium corymbosum le myrtillier cultivé le plus courant.

Quelle taille atteignent les plants ?

Selon la même fiche, de 20 à 50 cm pour la sauvage, jusqu'à 2 m pour la cultivée. Les fiches techniques de production donnent de 1 à 2 m pour les myrtilliers conduits en verger.

Peut-on avoir de la myrtille sauvage dans son jardin ?

Les sources consultées ne décrivent pas la culture de la myrtille sauvage au jardin. Le myrtillier cultivé, lui, demande un sol acide, léger et riche en matière organique, en pleine lumière ou à mi-ombre. Le myrtillier cultivé demande lui aussi un sol acide.

Laquelle donne le plus de fruits ?

Les fiches techniques chiffrent le rendement de la myrtille cultivée en verger. Aucune source consultée ne donne de chiffre comparable pour la sauvage, qui n'est pas conduite en culture.

Y a-t-il une différence de goût ?

Les sources fiables consultées ne tranchent pas. Les comparaisons de saveur sont des impressions personnelles : le plus sûr est de goûter les deux le même jour.

Sources

  1. SNHF, fiche plante Myrtillier
  2. APABA, fiche technique sur les myrtilliers

  3. GAB/FRAB, fiche technique myrtille

  4. ONF, les règles d'or d'une bonne cueillette estivale