Combien rapporte un hectare de myrtilles : ordres de grandeur et zones d'ombre
Un hectare de myrtilles en pleine terre produit de l'ordre de 8 tonnes, mais la main-d'œuvre pèse environ 80 % des coûts. Aucune source lue ne donne un revenu fiable pour la moyenne montagne.
Un hectare de myrtilles cultivées en pleine terre donne de l’ordre de 8 tonnes de fruits par an selon les chambres d’agriculture, jusqu’à 15 tonnes pour les meilleurs producteurs. Ce que cela rapporte dépend du prix de vente, de la cueillette, qui pèse environ 80 % des coûts de production, et d’une plantation qui coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour la moyenne montagne, aucun revenu fiable n’est publié.
Cet article reste volontairement dans les ordres de grandeur. Chaque chiffre est attribué à sa source et à sa date. Quand un chiffre manque, il est écrit qu’il manque, parce qu’un revenu inventé coûte plus cher qu’une ligne vide.
Ce que produit un hectare
Le point de départ vient des chambres d’agriculture (2025) : la France compte 600 hectares de myrtilles pour 3 300 tonnes, un record, et la production nationale couvre 17 % de la consommation, le reste étant importé, surtout d’Espagne (45 %) et du Maroc (21 %). Les exploitations ne dépassent pas 5 hectares en moyenne.
| Repère | Valeur | Source et date |
|---|---|---|
| Rendement moyen en pleine terre | environ 8 t/ha | Chambres d’agriculture, 2025 |
| Meilleurs producteurs | jusqu’à 15 t/ha, plus souvent sous abri ou hors-sol | Chambres d’agriculture, 2025 |
| Rendement moyen d’une fiche technique | 9 t/ha (8 à 10) | APABA, 2016 |
| Verger bio de faible densité, 2 ha | minimum 6 t/ha, 10 t/ha espérées | Réussir, 2026 |
| Exploitation intensive de 37 ha | 12 t/ha en 2025 | Réussir, 2026 |
Un plant n’arrive pas à ces volumes d’emblée. La fiche GAB/FRAB annonce de 0,5 à 2,5 kg par pied entre la troisième et la dixième année. Avec les 3 300 plants par hectare d’un itinéraire en pleine terre, un calcul simple donne de 1,6 à 8 tonnes par hectare : l’ordre de grandeur est cohérent, mais ce calcul est celui du magazine, pas une donnée publiée. La première récolte tombe en troisième année, la récolte régulière en cinquième. Le détail de l’installation se lit dans l’article sur la création d’un verger de myrtilliers sur lande.
La cueillette, premier poste de dépense
La cueillette manuelle ramasse de 4 à 6 kg par heure selon Réussir (2018) et la fiche GAB/FRAB, 5 kg par heure selon l’APABA. Le même article de 2018 chiffre le coût de cueillette à environ 2,40 euros par kilo et la main-d’œuvre à environ 80 % des coûts de production.
Une exploitation intensive de 37 hectares, citée par Réussir en 2026, compare 2,60 euros par kilo à la main contre 0,69 euro par kilo à la machine. La machine change l’équation, mais elle suppose des rangs conçus pour elle, une surface et un investissement qu’un petit verger de montagne n’a pas forcément.
Pour fixer les idées, un calcul du magazine : 8 tonnes à 5 kg par heure représentent 1 600 heures de cueillette par hectare. Cela ne comprend ni la taille, ni le désherbage, ni le tri, ni la vente. À l’échelle de chaque journée de saison, cela veut dire beaucoup de bras.
L’exemple daté d’un verger de montagne illustre le même ordre : 12 à 15 tonnes de fruits récoltées « bon an mal an » en deux mois et demi, soit environ 3 000 heures de travail à 5 kg par heure, avec une main-d’œuvre saisonnière jugée indispensable. Ce verger mêlait plusieurs fruits : on ne peut pas en tirer un rendement par hectare de myrtilles. Les règles de recrutement et de rémunération se traitent dans l’article sur les jobs d’été en cueillette.
Combien coûte la plantation
Le coût d’implantation dépend du système. Réussir (2024) cite un devis de 2022 : environ 23 300 euros par hectare en pleine terre pour 3 300 plants, soit 15 000 euros de plants, 5 000 euros d’irrigation et 3 300 euros de toile. Le hors-sol sans tunnel monte à environ 57 500 euros par hectare pour 5 000 plants. Un article de 2018 donnait une fourchette de 20 000 à 30 000 euros par hectare.
Ces montants sont des devis datés, pas des prix actuels. Ils ne comprennent pas le terrassement d’une lande, l’amendement du sol, l’achat de terrain ni les bâtiments de stockage.
Un cas hors-sol dans le Maine-et-Loire, sur 10 hectares, donne les chiffres les plus complets de la presse lue : 15 t/ha attendues, 7 euros par kilo, un investissement de plantation de 86 000 euros par hectare, des charges annuelles de 90 000 euros par hectare et une marge attendue de 15 000 euros par hectare. Ces valeurs décrivent un système industriel sous abri, très éloigné d’un verger de plateau.
Quel prix, pour qui ?
Trois chiffres circulent, et ils ne se comparent pas :
- 19,14 euros par kilo en moyenne en juillet 2025 pour la myrtille bio française : c’est un prix de gros du réseau des nouvelles des marchés, pas ce que touche le producteur ;
- 11 euros par kilo HT visés par un verger bio de faible densité (2 ha, 4 à 5 personnes par hectare, deux passages par semaine) ;
- 6 euros par kilo en cueillette libre, avec une marge de 5 000 euros par hectare, pour un exemple du Loir-et-Cher.
Le prix dépend du circuit. Le verger de montagne cité plus haut vendait en circuit court, localement. Ce choix évite les intermédiaires, mais demande du temps de vente, qui n’apparaît dans aucun calcul de rendement. Le témoignage d’un producteur en circuit court aide à mesurer ce temps de vente et de relation client.
Les heures qui ne figurent dans aucun tableau
Le rendement s’affiche en tonnes, le travail s’étale sur toute l’année. Les sources lues décrivent des tâches que le prix au kilo ne rémunère pas explicitement :
- la taille d’hiver, qui sélectionne les branches porteuses et élimine le bois mort et les branches faibles ;
- le désherbage du rang, sous toile ou au mulch (fiche GAB/FRAB) ;
- l’irrigation, avec une vigilance accrue de juin à août (fiche GAB/FRAB) ;
- le tri des fruits après la cueillette, puis leur conservation ;
- la vente, qui occupe un magasin ou un marché pendant toute la saison ;
- la surveillance au printemps : maladies, chenilles et gelées tardives.
Chacune de ces lignes est une journée qu’un budget de départ peut oublier. Le verger de montagne de référence signale d’ailleurs que le risque le plus lourd pour la récolte reste le gel tardif, possible jusqu’à la mi-juin, ce qui explique le recours à une serre sur quelques rangs de myrtilles : un rendement moyen cache des années très inégales.
Un calcul qu’il ne faut pas faire
Multiplier le rendement par un prix donne un chiffre d’affaires, jamais un revenu. À titre de simple arithmétique : 6 t/ha à 6 euros par kilo font 36 000 euros de chiffre d’affaires par hectare, 10 t/ha à 11 euros par kilo font 110 000 euros. L’écart de un à trois ne dit rien sur ce qui reste après les saisonniers, l’eau, l’amortissement des plants, les cotisations ni le temps de vente.
Ce qui n'est pas sourcé : le revenu net d'un hectare de myrtilles en moyenne montagne, le prix réellement obtenu sur le plateau, les charges en pleine terre en altitude, le rendement des petits fruits autres que la myrtille (framboise, cassis, groseille) et la rentabilisation d'une plantation en un nombre d'années donné. Aucune source lue ne les donne de façon vérifiable.
Lire ces chiffres depuis la moyenne montagne
Les exemples chiffrés viennent du Loir-et-Cher, du Maine-et-Loire ou d’exploitations intensives de 37 hectares : des systèmes de plaine, parfois sous abri ou hors-sol. Dans l’exemple daté d’un verger de montagne, le gel tardif reste possible jusqu’à la mi-juin et la saison de cueillette dure environ deux mois et demi. Les mêmes chiffres n’y ont pas la même valeur.
Pour qui envisage de s’installer, l’article sur l’installation et la reprise d’une exploitation de petits fruits détaille les démarches. Le pilier consacré à la myrtille replace le fruit dans son contexte, tandis que la rubrique au verger rassemble les gestes de culture. Pour élargir le regard, un dossier sur les circuits courts en Europe de l’Est donne un aperçu de ce qu’on observe ailleurs, sans valeur chiffrée pour la myrtille française.
Un calcul de rendement n’a de sens qu’à côté du temps de vente, des charges propres à la parcelle et de la main-d’œuvre disponible : trois données que seule une étude de cas réelle peut fournir. Un dernier rappel de méthode : les trois sources de presse agricole citées ici ont des dates différentes (2018, 2024, 2026), et les montants de 2018 ne se transposent pas tels quels aujourd’hui. Quand deux sources divergent, comme les 8 t/ha des chambres d’agriculture et les 9 t/ha d’une fiche technique de 2016, la fourchette est plus honnête que la moyenne. Un hectare qui produit moins que la moyenne dans une année de gel n’est pas un échec, et un hectare à 12 tonnes en exploitation intensive n’est pas un modèle pour la lande. La bonne lecture consiste à comparer son projet à la source la plus proche de sa situation, et à écrire noir sur blanc les hypothèses retenues.
Avant tout engagement, demander un prévisionnel à un conseiller de chambre d’agriculture, avec des hypothèses d’altitude, de circuit de vente et de main-d’œuvre. Les chiffres publiés sont un cadre de questions, pas un budget.
Questions fréquentes
Quel rendement attendre d'un hectare de myrtilles cultivées ?
Les chambres d'agriculture donnent environ 8 t/ha en pleine terre et jusqu'à 15 t/ha pour les meilleurs producteurs, plus souvent sous abri ou hors-sol. Une fiche technique de 2016 retient 9 t/ha en moyenne.
Combien de temps de travail pour récolter un hectare ?
Une cueilleuse ou un cueilleur ramasse de 4 à 6 kg par heure. Pour 8 t/ha à 5 kg/h, le calcul donne environ 1 600 heures de cueillette, hors taille, tri, entretien et vente.
Quel est le coût d'implantation ?
Un devis de 2022 chiffre environ 23 300 euros par hectare en pleine terre pour 3 300 plants, et environ 57 500 euros en hors-sol. Une valeur de 2018 donnait 20 000 à 30 000 euros.
Le prix de gros de la myrtille bio est-il un prix producteur ?
Non. Les 19,14 euros par kilo relevés en juillet 2025 sont un prix de gros. Les prix visés par des producteurs cités vont de 6 à 11 euros par kilo, selon le mode de vente.
Peut-on transposer ces chiffres au plateau de Millevaches ?
Pas directement. Les exemples chiffrés viennent d'autres régions et de systèmes différents. Aucune source lue ne donne de rentabilité vérifiée pour la moyenne montagne.